30 décembre 2011

Corriger, re-corriger et re-re-corriger son livre

En ce moment, je m’ingénie à corriger mon livre et ce n’est pas une mince affaire. Durant les années précédentes, j’avais déjà rédigé un certain nombre d’ouvrages, mais rien à voir avec cette histoire-ci, que je considère comme mon premier vrai roman. Cela fait maintenant cinq mois que je m’acharne sur le texte. Parfois, je me sens découragée. En effet, la genèse d’un roman est longue, très longue.

J’ai écrit, en tout, sept versions de mon histoire ! Le premier jet n’était qu’une ébauche, la seconde version semblait plus aboutie… mais j’ai finalement intégralement réécrit l’histoire en changeant le caractère de trois personnages, en accentuant encore l’histoire d’amour, en développant une intrigue plus policière, pour le suspens… J’ai pris au mot le principe qu’il vaut mieux raser entièrement une maison que s’acharner à retaper des petits bouts par-ci par là pour finalement découvrir que les fondations ne sont pas saines ! Autant y aller franco !

A présent, on peut dire qu’il ne reste plus grand-chose de l’ossature de départ. Quand je regarde mes plans (que j’établis toujours dans un grand cahier à spirale, car je reste une adepte du papier pour mes brouillons), cela me fait sourire ! Les héros ont tellement évolué et l’intrigue s’avère si différente que j’en ai le vertige. On dirait deux livres totalement dissemblables. On aura beau dire, la correction reste à mes yeux l’étape la plus importante de la création. L’écriture n’est que le squelette. La correction, c’est la peau, c’est le sang, c’est la couleur, c’est la vie.

Maintenant, et depuis cinq bons mois, je travaille sur la troisième version qui a subi maints et maints remaniements. Depuis environ trois semaines, j’assure surtout un travail de polissage. Je déplace les virgules, j’efface les points d’exclamation (j’ai une sévère tendance à en abuser, comme des points de suspension… allez savoir pourquoi), je retravaille le style, je veille à traquer la moindre répétition, je vérifie l’orthographe (on ne vantera jamais assez les vertus d’un bon vieux dictionnaire). Cet après-midi, j’ai dépassé la page 300. Sachant que mon livre en compte 364, j’ai poussé un petit « ouf ! » de soulagement. A ce rythme-là, je pense avoir achevé mon roman dans une grosse semaine. Disons dix jours !

En attendant, je me demande si je n’exagère pas. Si je ne vais pas trop loin. J’en suis tellement à pinailler que je me fais peur. Est-ce que cet adverbe est bien employé ? N’est-il pas trop musical pour une œuvre en prose ? Et pourquoi ce subjonctif ? Pourquoi pas une tournure plus légère ? Oui, j’en suis là. C’est grave. D’ailleurs, si cela ne s’arrête pas rapidement, je vais virer zinzin. J’en rêve même la nuit ! Bientôt, je participerai à la dictée de Pivot dans mon sommeil.

Et le pire, c’est que je sens qu’il s’agit de petits détails, que ce n’est plus capital. Je me demande, quelque part, si je n’ose tout simplement pas lâcher mon livre, si je n’ai pas peur d’arrêter. Si je ne suis pas accroc tout en ayant peur du futur (que va devenir mon livre après ?). Pourtant, bientôt, même mes personnages me supplieront de les laisser tranquilles et de ne plus les presser comme des citrons ! ;)

Cette façon de travailler me rappelle l’histoire d’Arnulf Rainer. Ses œuvres m’avaient beaucoup marqué lors de leur découverte durant mes études d’histoire de l’art (j’avais choisi cette option lors de ma licence à l’université). Ses tableaux me mettaient mal à l’aise tout en m’attirant terriblement. Il s’agissait d’images tellement raturées, griffonnées que le sujet en devenait illisible sous les traits ra(va)geurs. Et il se dégageait une rare violence de ces tableaux. Cela m’avait pris à la gorge. Dans un premier temps, j’avais pensé que le peintre voulait exprimer une forme de brutalité… jusqu’à ce que je lise une de ses interviews. En fait, pas du tout ! Il s’agissait de perfectionnisme ! Il voulait tellement que son œuvre soit parfaite qu’il n’arrêtait plus de la retoucher. Un trait, et encore un trait. Des traits jusqu’à l’obsession. Au point qu’à la fin, il ne restait plus rien de l’image d’origine.

C’est un peu ce que j’en ressens. Il faut corriger l’œuvre sans la perdre (attention, je ne prétends guère avec l'immense talent de M. Rainer !!). Il faut la préserver à travers les remaniements, sans pour autant la laisser dans son état original (je dirais presque, son état primitif). Finalement, quand j’y pense, il existe pas mal de points communs entre l’écriture et la sculpture. Les mots sont un matériau plastique comme un autre. Oh là, là ! Il faut que je m’arrête avant de partir dans des considérations philosophiques bizarroïdes !

Pour en revenir à mon livre, je corrige, re-corrige et re-re-corrige. Et j’ai un besoin urgentissime de vacances. Donc, si quelqu’un veut m’inviter aux Canaries, il peut me contacter. Mon adresse e-mail est en bas de la page. Si, sérieusement.

Posté par Clara Jacob à 19:51 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Corriger, re-corriger et re-re-corriger son livre

    Je trouve ça très intéressant, de découvrir la manière dont un auteur prépare son 'bébé'. Tu t'inquiètes pour l'avenir de ton livre, mais si il est aussi bien écrit et structuré que tes postes, je suis certaine qu'il trouvera son public! Je sais que ton blog littéraire est encore jeune, mais en même temps, il est plus intelligent, plus pertinent aussi et mieux écrit que la très grande majorité de ceux que j'ai eu l'occasion de parcourir jusque là... et je peux te dire qu'il y en a eu pas mal depuis que je m'intéresse au monde des livres et de l'édition.
    Continue comme ça et que l'année 2012 t'apporte tout ce que toi et ton livre pouvez souhaités!
    Amanda

    Posté par Rosewitha, 31 décembre 2011 à 14:17 | | Répondre
  • C'est gentil Amanda ! J'ai beaucoup d'espoir pour mon livre mais malheureusement, je sais aussi qu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Ca fait peur!
    Ensuite, si vous voulez visiter des blogs littéraires bien faits (il y a en beaucoup, quand même), vous pouvez visiter mes liens. J'essaie d'ajouter régulièrement ceux que je découvre et qui me plaise (même si je ne suis pas rapide)!
    A bientôt sur ce blog...

    Posté par Clara Jacob, 06 janvier 2012 à 20:22 | | Répondre
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